HISTOIRE DU CARREFOUR BATCHINGOU

Batchingou
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-“Autrefois, tu ne peux pas t’imaginer, une forêt d’eucalyptus et de cyprès occupait le site sur lequel s’est construite cette agglomération. L’habitat dispersé constitué de haies vives donnait de ce village une vue en plongée des figures géomètriques d’inégales superficies.  Dès son arrivée à l’ouest, le colon constata la disparition de la forêt au profit de la savane. Il décida de transplanter son monde écologique en Afrique, Pour les besoins de la cause, il chassa avec sa brutalité congénitale les tenants de leurs terres. Le plus fort dicte toujours sa loi. Il créa des étangs où il se livrait à la pisciculture. Il alla à Sechia prélever un bras de la rivière, celui-ci serpentait dans les concessions pour alimenter ces lacs à poissons. Pendant cette canalisation, cultures, bois sacrés, bref, tout ce qui avait le malheur de se trouver sur le tracé, était détruit. Sans consentement et sans dédommagements. D’ailleurs, tous ceux qui avaient osé lever leur maigre petit doigt, finissaient dans les géôles infestes de Bangangté. La sagesse commandait le silence. Le même silence quand ils enrollaient les cousins de mon pères pour les soutenir contre leurs voisins de Berlin.Nous n’avions plus jamais entendu parler de nos frères. La neige les avait enterrés là- bas, au plus fort des batailles. Nous relevions de la sauvagerie. Nos braves normaliens de Foulassi, au grand bonheur de leurs maîtres, les avaient confortés dans le complexe.
“Un vent de sédition soufflait sur le pays. La grande guerre au pays de nos envahisseurs révéla au grand jour la vanité du mythe de l’homme blanc. Les rescapés de cette campagne une fois rentrés au bercail avaient trahi les maîtres, ruinant de fait le mythe et le complexe. La conscience noire se forma. Des révendications nationales virent le jour un peu partout en Afrique. Nubren et Nesret, forcés à la clandestinité, prirent les armes contre les colons et leurs intérêts. Nos deux vaillants héros demandaient l’indépendance et le réunification du pays divisé comme un gâteau, sans le confort du gâteau. Les pays Bassa et Bamiléké prêtèrent oreilles aux idéaux nationalistes. Ils furent coupés du reste du pays. Le colon, plus malin que le mal, prenant la mesure du temps, fabriqua une classe politique complice, à qui les honneurs et les lauriers de la liberté furent octroyés. Une liberté factice. Ceux qui léchaient le cul des maîtres devinrent les héros de l’Indépendance. Naturellement, les Blancs aidèrent les traîtres installés à Yaoundé à combattre les nationalistes. Des villages furent rasés. Mal armés, sans appuis de la communauté internationale, les nationalistes réculaient, l’armée coloniale faite des Tchadiens, Sénégalais, Congolais et Centraficains, appuyés par la jeune armée des néo-colons, avançait sur tous les fronts. Trahi, Nubren fut abattu, Féxil empoisonné. Nesret ne s’avoua pas vaincu. Il continua le combat à l’ouest et dans le Moungo. Mais l’armée de Libération du Kamérun ne tint pas longtemps devant la puissance du feu de l’ennemi. La ré-ouverture de la route Bafang-Bangangté marqua un tournant décisif dans la guerre contre ceux que le jargon de Yaoundé appelait les maquisards. Les nationalistes prirent Batcha pour repli stratégique. Une révolution sans tutelle, sans répondants, n’ayant pour arsenal que des flèches, des coupe-coupe, et surtout la foi, ne pouvait pas tenir longtemps devant les chars, les avions de combat, et les hélicoptères spécialisés contre la guérilla. La messe fut ainsi dite pour la révolution porteuse de tant des rêves. On mit dans la tête des populations que les héros d’hier constituaient des bandes des bandits, d’assassins, et des pêcheurs en eaux troubles, bien plus, des ennemis de la nation.
-“Un matin, Siluo Meïlo, Ganfog Mounog, ainsi que de nombreuses élites sillonaient le village, parlant dans le haut-parleur, invitaient les fils et les filles de Batchingou à quitter le maquis pour le lieu de rassemblement fixé à Toukou. Ils étaient appuyés dans les airs par des hélicoptères et des avions de combat, sur le sol, des colonnes des militaires les encadraient. Bientôt, Toukou battit le plein de monde. Des camions des militaires étaient visibles partout. Des chars d’assaut garnissaient toutes les entrées et sorties du village. L’armée postée en sentinelle, continuait à jouer sa partition.
  _ “ Mes frères et sœurs, mes mères et mes pères, bonjour.” Siluo Meïlo venait de prendre la parole après avoir chanté un air que seuls quelques initiés parmi ses compagnons maîtrisaient. On les voyait manger les lèvres. Le fameux chant de ralliement.
  _ “ Je vous apporte une bonnne nouvelle. L’indépendance, pour laquelle vous étiez entrés en dissidence est là. Le président Hiodja l’a obtenue pour notre pays. Il n’y a plus de raison de se rebeller. Nous sommes libres et maîtres de notre destin. Avec les Blancs nous allons coopérer d’égal à égal. L’indépendance signifie aussi qu’on ne doit plus prendre le maquis pour exprimer ses idées. Je suis ici pour demander au nom de la République et de celui qui incarne nos institutions, de renoncer au langage des armes. Dites à tous ceux qui se cachent encore du côté de Batcha que l’armistice immédiat et sans conditions leur est accordé. Qu’ils quittent le maquis et contribuent à la construction de notre jeune nation. S’ils s’entêtent à rester campés dans leurs illusions, nous irons les chercher, les débusquer à leurs risques et péril. Les fruits de la répentence sont sucrés et ceux de du durcissement amers.
  -“Nous sommes dans cette forêt sur les terres de nos ancêtres illégalement expropriées, et sans indamnisations. Le président Hiodja restitue les terres aux propriétaires légitimes. Dès demain, abattez ces arbres, construisez les maisons. Personne ne vous demandera pourquoi vous avez détruit cette maudite exploitation. Une fois les maisons construites, abandonnez l’habitat dispersé. Vivez regroupés, unis et soudés derrière les idéaux défendus par le guide de la Nation. Désormais, travaillez jusqu’à douze heures ou qatorze heures et rentrez au camp. Ȧ partir de seize heures l’armée va patroiuller pour rechercher les rebelles. Coupez tous les liens avec ces criminels! Dénoncez-les quels que soient les liens de parenté. Ils sont pires que la peste.
Comme il parlait, il tourna les yeux et aperçut un homme dans la foule.
  -“Nzakoua, viens ici!” Ordonna -t-il.
Tous les yeux se portèrent sur un homme. Celui-ci se leva exécutant l’ordre reçu.
      -“C’est à cause des brebis galeuses comme toi que le désordre est entré dans ce village. Tu utilises ta science pour détruire! Tu as une bonne étoile avec toi. Le président a ordonné le pardon et la réconcialition, sinon tu allais passer par le canon pour servir d’exemple. Rentre à ta place! Ramène ta bande à la raison!”
    Un calme profond régna. Pendant que l’administrateur parlait, on avait craint que le pire n’arrivât pour Nzakoua, reconnu pour ses accointances avec les nationalistes.
      _ “Frères et sœurs, je suis fier de vous, de nous. Aujourd’hui est un grand jour pour ce village. Nous tournons la page. Nous allons dans l’amour, la paix, la concorde et le travail écrire les belles pages de notre histoire. Vive le village Batchingou! Vive la République du Cameroun !Il entonna le refrain de l’hymne national.
    Des crépitements des mains saluèrent ce discours. Quelques élites prirent la parole pour abonder dans le même sens ou apporter des précisions jugées utiles. La rencontre capitale se termina par un bain de foule. Des familles se retrouvaient. Des paquets de kolas et d’arachides volaient des mains des villageois aux mains des élites. Les bananes mûres amusaient les dents. Ce fut une scène de désillusion: ceux qu’on appelait les vents, jadis adulés pour les pouvoirs mystiques qui les rendaient invulnérables au plomb de l’homme blanc, tombaient du haut de leur gloire dans la boue puante. Pourchassés, ils se cachaient à l’approche des militaires. Un camp des commandos fut créé dans la concession de Ganfog Mounog pour la protection des civils.
–    “Petit-fils, il faut noter ce geste de désespoir parmi ceux qui hier communiaent avec le peuple. Comme le camp habité changeait les modes de vie, nous subîmes les razzias des vents venus d’Accra.
–    “Accra?” Interrompit Tankoua.
–    “Oui. Le nom de Batcha dans le maquis. Par la même occasion, ce village-ci avait pour nom clandestin: Yabassi. Les vents incendièrent une partie du camp. Ils avaient opéré en plein jour, dans l’après – midi. Les forces accourues de Bangangté, les repoussa vers leur repli, à partir de Bangou-Carré. La population était prise dans l’étau: la dénonciation des maquisards ou la complicité, et dans le dernier cas, on finissait dans les géôles infestes à Bagangté. Ceux qui mouchardaient dans le dos des nationalistes se voyaient infligés le traitement barbare que les djihadistes appliquent à leurs victimes. La coopération avec l’administration ou la rebellion? Il fallait choisir. Une époque difficile. Une époque des omelettes. Le choix cornélien.”
Tankoua n’avait jamais lu cette belle histoire de son pays dans les manuels scolaires. Le blackout total. Pourquoi? Il considéra son grand-père comme une bibliothèque riche et vivante. Sans avoir le cœur net sur les motivations, il avait jugé dès le départ de l’entretien d’enregistrer tout dans la vidéo de son portable.
-“Mon père faisait parti de l’Armée de Libération Nationale du Kamérun(ALNK). Le grand-père Tanou montra la casquette noisie frappée de ces initiaux. Il gardait ce souvenir dans les armoiries de la famille.
– “Il fut enrollé malgré lui lorsque les nationalistes prirent d’assaut dans la nuit, les dortoirs de l’école de la mission protestante (appellation de l’époque de l’Eglise Evangélique du Cameroun EEC) de Bangou Carré. Papa parlait souvent de leurs chefs en évoquant des noms d’un certain Singap Martin, Momo Paul et de Ndéléné Jérémie. Il se rappela que la coupure de la liaison routière entre Bafang et Bangangté portait la signature de cette armée. Elle régnait dans sur bande des terres paysannes et forestières qui touchait le pays Bamiléké, le Nkam, le Moungo et la Sanaga Maritime. La résistance existait sous des formes insidieuses un peu partout dans le pays. Il déserta son unité quand des colonnes militaires parties de Bafang et de Bangangté passèrent Batcha au miroir, nettoyant les nids de résistance, allant de cachette en cachette, suite à l’attaque terroriste(disait-on) de la mission catholique de Banka. Trois cousins de mon père tombèrent lors de ces operations de ratissage. Ce qui pouvait encore être sauvé de l’ALNK se refugia dans les forêts du Nkam et du Moungo. Mon père céda aux messages du genre: “Cette guerre est une guerre des Bassa. Les Bamilékés n’ont rien à voir avec cela.” Il comprit plus tard que cela faisait parti des stratégies du gouvernement néo-colonial pour diviser. Mais il ne revint pas sur sa décision.
– “Je composerai des poèmes pour péréniser ces héros tombés au service de la Nation. Avez-vous les photos de nos vaillants cousins?” Tankoua prenait faits et causes pour les mouvements d’émancipation africaine. Ȧ cet instant, les mots d’un martyr lui vinrent dans la mémoire:
-“Avant qu’ils n’arrivent, tu étais mon frère des montagnes et moi, ton frère de la côte. Je t’appelais affectueusement “montagnard” et tu m’appelais “côtier”. Depuis qu’ils sont là, pour toi, je suis devenu Bassa et, pour moi; tu es devenu Bamiléké, sans que ni toi, ni moi, sachions ce que cela veut dire” ( Ruben Um Nyobe.)
-“Non.”Fit tristement le grand-père.
– “Moi-même, je fus plus tard victime collatérale de cette époque. Devenu homme, je me vis refuser la main de deux jeunes filles sous le fallacieux prétexte que j’étais le fils d’un ancien maquisard, donc j’avais les mains trempées dans le sang.”

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Mewaou info est le site d'information du groupement Batchingou A l'ouest de Cameroun, en Afrique centrale ce groupement est sous la responsabilité du chef Supérieur Nana Andrée Flaubert Sous lui d'autres chef supérieurs de troisièmes degrés
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