L’HOITOIRE DE BANGOU-CARREFOUR

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Plus tard dans la nuit, Tankoua, aussi avide d’histoires qu’il était, se tourna vers le patriarche:
– Tu m’avais promis une chose.
– Laquelle? Fit le vieil homme.
– Bangou-Carrefour!
– Petit curieux, tu seras servi, à condition que tu ne dormes pendant que le robinet coule.
– “Promis.
Bangou-Carrefour d’avant l’indépendance-dépendance! Il y a tellement d’histoires succulentes! Le voyageur en provenance de Bafang ou de Touhih (Nom donné aux contrées du Moungo et du Wouri, foyers d’exode rural) déouvrait à sa doite la méme forêt d’eucalyptus et de cyprès qui s’étendait sur les deux bords du cours d’eau qui sépare Bangou de Batchingou. Tout au long de l’axe routier et sur les deux bords, Bangou-Carrefour faisait son histoire. Des boutiques et des hangars de fortune avaient répondu aux appels de déveolppement. Ici, tout se vendait et rien. Il y avait des restaurants, et même un mécanicien prospérait dans ce creuset des négoces et de brassages. Bangou-Carrefour, devait sa réputation à son dispensaire, le seul dans le coin. Il recevait les maladies, et les gardait pour un bon suivi medical dans des salles d’hospitalisation. Bangou-Carrefour avait sonné la fin de récréation de l’accouchement au pied de bananier. La sage-femme donnait une assistance désintéressée aux femmes. Point de marchandage des soins médicaux. La belle époque!
Le patriarche regrettait de n’être pas né entre les mains de la sage-femme blanche, appelée affectueusement:” Madame”.
Un peu à la gauche, en allant vers la chefferie de Bangou, se trouvait le vaste domaine de la mission protestante. Une paroisse. Une école à cycle complet. Un dortoir (les élèves venaient des villages voisins à cycle scolaire incomplet). De grandes bandes de terre vides ouvertes à la pratique du TM (travail manuel). C’était les champs des maîtres. Un terrain de sports trop sollicité par le football qui mettait les autres sport en état d’hibernation. Cette grande école à vocation régionale connut un épanouissement remarquable jusqu’aux quintes de toux du nationalisme qui l’obligeat à la descente aux enfers. Plus loin sur la droite, il y avait la mission catholique. Moins florissante que sa sœur. Je me souviens de cette rencontre sportive entre Bangou et Batchingou. Le chef supérieur de Bangou, grand amateur des sports et propriétaire d’une voiture, faisait partie de l’équipe de son village. Il avait échangé sa casquette de dignitaire, gardien des traditions contre l’image de star ahhlétique. Un feu follet. Dommage qu’à cette date, la vidéo et les reseaux sociaux n’étaient pas encore nés! Il y avait des Pélé, Messi, Ronaldo, et Roger Miller dans le temps. Il attirait la fixation de l’équipe adverse sur lui. On ne lui faisait pas des cadeaux. Le football nivelle tout le monde sur le terrain. Sur le champ de sport se règlait aussi le cententieux historique entre les deux voisins. Le match se solda par un score de parité: 1-1. Il fallait voir le dignitaire Kemayou embrasser ceux qui, il y a quelques minutes le renversaient, le cognaient au tibia, ou se signalaient par une gamme d’anti-jeu à son endroit, et celui de son équipe. C’est aussi ça le football. On n’est pas dans son salon. Il y voyait, un au-delà de loisir qui qui cimente les liens entre les hommes. Je regrette beaucoup le sort que vécut ce grand homme parce qu’il avait l’esprit avant-gardiste, et s’était les pieds dans la fourmilière de la libération nationale du Kamerun.
-“Grand-père, tu as parlé de contentieux historique. Peux-tu être un peu pls précis?
– Oui. Il y a un contentieux historique entre les deux villages, comme il y en a un peu partout. Il ne faut pas ressusciter les démons. Tu dois avoir sans doute appris à l’école le partage du gàteau africain à Berlin, sans les Africains. Quand les Allemands arrivent ici, ils trouvent les deux villages en guerre. Le chef Bangou descendu de tougweugnieup avait attaqué les Batchingou dont le territoire allait jusqu’à Tipwa, rivière de démarcation entre les deux villages. Tous les deux chefs s’accordaient pour reconnaitre que leur village était séparé par un cours d’eau. Comme le chef Bangou avait déjà traversé Tipwa et repoussé l’ennemi, grâce aux armes à feu acquises au contact avec les Bamouns, les Allemands déduisirent que le chef Batchingou avait violé la paix en traversant la rivère actuelle servant de frontière pour attaquer les Bangous. Par erreur, le chef Batchingou contribua ainsi à céder une partie de son territoire à son voisin. La malédiction fatale semblait suivre les décisions de ce roi, puisqu’il attribua, toujours par erreur une autre partie de son royaume à Bamena. Il fut constraint par l’administration allemenade à trverser la rivière pour rentrer sur les positions actuelles, à contre-cœur. D’ailleurs, que pouvait-il contre la puissance de feu des colons? Beaucoup décidèrent de garder leurs propriétés sous l’égide roi de Bangou, mais d’autres traversèrent la rivière pour rester fidèles au roi de Batchingou. Donc, avant l’époque allemande, Bangou-Carrefour était une partie du royaume de Mewawou. Le seul vestige traditionnel encore visible reste le bois sacré de Metoubouh, lieu sacré de Batchingou, administrativement dans le département des Hauts-Plateaux.
– Il faut aussi noter de l’existence de l’école publique de Bangou-Carrefour. C’était une grande école à cycle complet. De nombreux nèfliers jonchaient la cour. Le sport et le TM se partageaient son domaine terrien. Les maîtres avaient des postes de radio dans leur maison, véritables luxes à cete époque. Ils suivaient les informations en provenance du poste national à Yaoundé. Surtout les variétés musicales.
– l’axe Bangou-Batchingou offrait le spectacle de bois arboré des mêmes arbres, avec la pisciculture dans ses entrailles.
– Je vais épicer ma chronique historique avec “le riz rate”.
– Grand-père, le riz raté? Certainement l’histoire d’une qui ne maîtrise pas la cuisson du riz!
– Loin de là! Le riz raté, spécialité cuilinaire, porte les griffes d’invention du genie de la femme camerounaise. Souviens-toi que je t’ai parlé des restaurants! Il y en a beaucoup ici. Les restaurants-tourne-dos. Bangou-Carrefour se singularise par la vente de la chair frite du rat, arrosée des épices qui excitent la langue, et attisent l’appétit. À l’approche du client, les vendeuses affichent un sourire accueillant, vous invitent gestuels soudés à l’expression du visage, ouvrent les grandes assiettes pour laisser échapper le fumet qui vous déconcerte. Une fois le dévolu du client fait, les autres vendeuses se plient au choix. Les droits royaux du client. Le rat frit a horreur de faire chemin seul, de la bouche à l’estomac. Il a de nombreux compagnons parmi lesquels le pain et le riz. Cuit dans la sauce tomatée, le rat appelle aussi dans son voyage les féculents, frits ou cuits à l’étouffée.

 

Extrait de LES VACANCES AU VILLAGE

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